Élève mon visage dans la nuit
que je puisse tremper mes lèvres dans le ciel noir
et boire à la source ton chagrin et le mien
que je puisse
absorber le venin
qui coule entre tes veines

déchire mon torse et libère les ombres dansantes
de l’antichambre enfouie de poussière
le vent sera désormais ma demeure
et je soufflerai dans ma coquille d’homme vide
pour entendre mes os hululer ton nom

je te ferai écouter les chants de la terre
et tu accompliras à ma place le rituel
pour stopper la croissance du lierre dans ton ventre
qui dévore de l’intérieur tes yeux cernés de défi

je serai la bougie que tu consumeras
dans l’incantation du sortilège
et je serai l’obscurité humide qui te collera à la peau

tard dans la nuit
quand tout sera fini
et ton corps recouvert de sommeil,
je m’en irai loin de toi
pour mourir dans les feuilles
d’un saule.