La nuit attend le bleu du soir comme nous nous plaisons à le respirer, à le sentir dans nos poumons, et il nous remplit d’un profond quelque chose d’une tranquillité infinie, d’une sagesse inconnue à laquelle on ne goûte qu’un moment seulement, dès qu’il disparaît dans le noir : on imagine encore sinuer le bleu entre les lumières, les grandes veilleuses des réverbères et les fenêtres des maisons où là aussi on devine des lectures pas tout à fait nocturnes ou des musiques qui s’écoutent. La ville, après avoir fait passé l’orage, garde pour elle la fraîcheur de l’averse et la douce caresse, la douce chaleur des soirs d’été que la nuit laisse traîner, amoureuse, peut-être, amoureuse, sans doute.
Nous nous voyons dans le bleu du soir comme une nuance qui s’efface dans le temps, qui s’évapore, qui se dissipe, nous voyons dans le bleu du soir la couleur que revêtent les frissons de l’âme, ceux-là qui font la vie et qui restent au fond de nous inavoués. L’aveu du bleu et de la grande vie est une attente renouvelée, et tout comme les nuits, nous nous traînons pour ne pas perdre nos nuances dans l’uniforme du temps qui passe. Seule la mort nous détache de notre état gisant : pour nous qui ne faisons qu’attendre la vie, la mort est un souvenir.