Le soleil sur ma peau, et la simplicité mécanique de mon souffle. Mon corps oublié se découvre et s’oublie encore comme une révélation, un secret caché quelque part entre la vie d’avant et la mort d’après, ou l’inverse. Mes mains, mes doigts, et mes rides, peut-être m’ont-ils reconnu, moi qui les ignorais. Je les ai vus, et alors je les ai sentis. Et pourtant, ce n’était pas encore moi, et je me tenais encore quelque part entre les yeux et le corps, dans cet espace infini où l’on perd la vue, celui de la vie qui coule en toutes choses. Il y a dans cet endroit une sorte de passage secret : Ici, tout m’anéantit.

Le soleil sur ma peau, et la simplicité mécanique de mon souffle. Devant moi, un saule pleureur m’étourdit. Sa présence tranquille explose en moi, et de son ombre jusqu’aux infimes de ses feuilles, son écorce et son être, le saule qui n’est pas saule ravage tout sur son passage, en grondant en chantant en murmurant. Tout est sans doute ce qui reste de moi, ou ce qui n’est plus moi.

Le soleil sur ma peau, et la simplicité mécanique de mon souffle. Je tombe amoureux du saule, je tombe amoureux du ciel, je tombe amoureux d’une voix, je tombe amoureux du vent. Peut-être l’amoureux suit les traces du voyant comme la vie suit le regard du voyant. Je l’ignore et j’écris. Oscillant entre le voyant et l’amoureux, le poète est un souvenir.