Voilà c’est fini il n’y a plus de poèmes il n’y a plus de poète, on aimerait écrire parfois que tout peut s’écrire, et parler du vide autant qu’on peut, on aimerait montrer qu’il y a là quelque chose qui bat, on ne sait pas très bien quoi, mais voilà, c’est fini on ne peut plus, et peut-être, on pense, peut-être qu’on n’a jamais pu. On sait pourtant qu’on n’a pas fait le tour du ciel, et que tout est immense, et pourtant, la nuit, le jour, tout rétrécit dans la bouche, et le son est le même. Et même lorsqu’on te racontait les espaces surnuméraires, les divers pays de ton existence que toi-même tu ignores, tout se mélangeait, et tous les monts toutes les collines, toutes les couleurs, tout devenait comme trempé, et tout devenait lisse, incertain. Alors que devient-on, lorsqu’on ne peut plus rien te raconter, et que même le vide se tait, que devient-on ? Vois, comme tout cela ne change pas le monde, les espaces toujours s’étendent, toujours voici, papier, table, lumière, mur, fenêtre, arbre, ciel, tout cela présent, et uniques en chacun, entiers, et ce savoir de l’Un, on ne saurait le transmettre. Déjà le mot prononcé est un échec, déjà l’esprit fragmente et déforme, selon le trajet parcouru, les chocs, les blessures, les obstacles sont toujours les mêmes, et le mot prend toujours les mêmes bosses. Déjà les yeux condamnent, s’indignent, déjà les choses s’éloignent, on ne sait plus bien comment on est arrivé là, et il n’est plus possible de changer quoi que ce soit. On aimerait pourtant écrire, en sachant tout cela, et on pourrait bien se tromper, on pourrait bien ne pas trouver le son, ni la forme, on pourrait bien retracer les chemins déjà mille fois parcourus ; par un mystère absolu, tout nous ramène à l’écriture.