Adieux

Aujourd’hui, je n’ai plus rien
plus rien à raconter, ou bien alors
si peu – un reste de confession
et des mouchoirs rouges qui s’entassent
depuis ces derniers jours.
La fatigue de mon corps et sa chaleur
mes paumes, lavées plusieurs fois au savon,
la tache de sang sur la manche qui ne veut pas partir
le monde qui pèse sous mes yeux
et qui dort sans moi
moi qui porte son repos.
Je ne suis pas grand-chose d’autre
aujourd’hui, je n’ai plus rien,
plus rien à raconter. Qu’importe
ce fantôme que je suis parmi mes proches
qu’importe cette présence que je suis
parmi mes amis qu’importe
cette chose vivante
qui respire seule
la nuit
qu’importe ce que je suis ici
dans le poème
car vraiment, même ici, je ne suis
pas grand-chose.
Peut-être pourrais-je encore attendre
ces choses de la vie que j’aime
et qui me rendent heureuse
peut-être pourrais-je raconter encore
ce qui éclaire mes jours monotones
passés à ne rien faire, toute seule
à peine capable de finir un livre
ou d’accomplir quelque chose
que les gens font quand ils vivent.
Je ne suis pas grand-chose
dans ma liberté
regardez-moi bien
je ne suis pas grand-chose.
Ce que je suis aujourd’hui
est un corps faible
avec les doigts qui pèsent sur le clavier
ce que je suis
ici
est un autre corps
de mots
tout aussi faible
et fragile.
Que faire de cette force
que peuvent avoir mes mots
lorsque jamais ils ne pourront m’atteindre moi.
Je voulais montrer que l’on pouvait
se sortir de la tristesse des poèmes
à cet ami qui me disait
que rien ne nous en sauvera
je voulais lui dire que ce n’est pas grave
et lui montrer ce qu’il y a à sauver
dans le monde
et dans le poème
ce qu’il y a à sauver de nous-mêmes.
Je ne sais ce qu’il reste de moi
et si je parviendrai un jour
à relier entre eux les débris
de ce que je suis.
Ce que je sais aujourd’hui
c’est que je n’ai plus rien
plus rien à vous dire
et que ce que je suis
comme ce que je fus ici
n’est vraiment, vraiment
pas grand-chose
à côté de l’amour
que je vous porte.
Ce que vous saurez en me lisant
c’est que mon absence n’est pas importante
puisque je suis là
bien en vous
dans votre tête silencieuse
et que je vous aime
et que je vous aime
dans chacun de ces poèmes.