Confession

J’ai assemblé aujourd’hui mes anciens poèmes
que je relis avec le cœur à côté.
Je n’écrivais alors que des poèmes
aussi tristes que moi. Aucun
d’entre eux n’évoque ce sourire
d’un garçon rencontré à la bibliothèque
ni la grâce de cette nuque aperçue
entre les deux épaules de la foule.
J’essayais de comprendre, dans mes poèmes,
pourquoi et comment j’étais triste.
J’ai écrit bien des poèmes sur la
solitude
et c’est vrai que j’étais seule. Mais la
solitude n’expliquait pas, alors
je me suis tournée vers le monde
et j’ai vu que j’y étais absente
occupée que j’étais
à le regarder. Alors enfin
je me suis tournée vers moi,
à l’intérieur, et j’ai cherché, cherché,
cherché au fil des poèmes – non pas qui j’étais
mais ce qui me faisait être quelqu’un.
Combien de tristesses ai-je sacrifiées
pour rien… Je tombe dans ces poèmes
comme je suis tombée alors en moi,
croyant atteindre de l’être là où
il n’y avait que du néant dans une salle de mon esprit
et au centre un couteau.
Combien de mots ai-je invoqués… simplement
pour signifier que l’on ne guérit pas
de la vie, dans le monde, comme dans le poème…
Ce serait mentir de dire que lorsque j’écris
je ne porte pas cette blessure en moi
dont les poètes souffrent, et qui est celle
de ne pas faire autrement que se regarder
écrire.
Mais je suis lasse de comprendre,
en bout de course, que la poésie qui tente
de saigner la blessure jusqu’à la mort
est semblable à cette salle de mon esprit :
vide, avec un couteau au milieu – et ce couteau
c’est moi.
Je n’écris plus de poèmes
en formes de couteaux.
Aujourd’hui la neige a fondu.
Les trottoirs désolés
n’ont plus d’odeur à la bouche.
Je pense à mes amis qui s’éteignent
quand s’allument les réverbères –
ils ont ce même éclat que ces renoncules
que l’on posait, enfant, sous le menton
de nos amoureux. Le long de la rue,
je pense à mes amis, et je leur adresse ce poème,
posé comme une confession
sous le menton du ciel.