De la vie sans importance

Bien souvent quand j’écris un poème
j’ai cette mémoire des choses qui m’ont inspirée
mais parfois lorsque ces choses sont devant moi
j’ai comme un doute sur ce qu’il convient d’écrire.
Pourquoi ce jour-là, ai-je parlé de ces réverbères
dans la nuit tombante, et non pas de ce portail noir
où j’ai croisé l’ombre d’un chat ? J’ai beau me souvenir
j’ai beau y réfléchir aujourd’hui – rien ne semble  
pouvoir mesurer le degré d’importance que ces choses ont
et qui fait que j’en parle ou pas dans mon poème.
Est-ce que mon bol de thé, où je range mes stylos
et mes crayons de couleur, est aussi cher à mon cœur
que le ciel qui dort à ma fenêtre lumineuse ?
Et de même que tous ces autres jours
où j’ai eu ce même bol de thé et cette même lumière
devant moi… Le poème ne fait apparaître qu’une fois
ce qui semble neuf mais qui pourtant
possède tant et tant de regards –
et qui ne sont même pas tous les miens.
Moi, je ne suis peut-être qu’une fourmi
devant l’immensité de ce qui leur appartient –
à cet arbre dans ma rue, son ombre quotidienne,
à ce meuble dans ma chambre, son pesant de bois,
à ce livre emprunté à la bibliothèque, son odeur de doigts
à tout ce qui a vécu avec ou sans moi
et qui continuera d’exister avec
ou sans moi.
Et moi qui écrit des poèmes
je ne suis pas bien plus importante
que n’importe laquelle de ces choses
puisque je suis moi-même toute petite
devant tout ce que j’ai vécu et devant
tout ce que je vivrai
et cette pensée me rend heureuse.