J’aurais aimé être écrivaine

J’aurais aimé être écrivaine
pour pouvoir inventer toutes sortes
de personnages. Quand je lis ces romans
qui me font rêver, comme l’on rêve
d’une histoire à nous, je reste toujours
fascinée par ces figures qui se concentrent
dans un seul nom. Ulysse, Caligula, Anastasia –
Le roi Bohusch, Swann, Lancelot… Tous
ces personnages que l’on porte en soi,
et qui surgissent seulement derrière
quelque petites lettres.
Je ne pourrais pas écrire de roman
où ils en seraient absents.
Mes histoires les comportent tous ;
je n’ai jamais su rien inventé.
Toujours j’ai été amoureuse –
d’Antigone et d’Hémon, de Merlin et
Viviane – toujours j’ai grandi
dans leurs ombres, tour à tour aimante
et chagrin – et jamais personne
n’a su prendre la place
de cet amour là – le seul
qu’il m’ait été donné.
Je n’ai jamais su rien inventé
et mes poèmes sont trop vides –
parfois j’ai juste envie d’écrire
sur Socrate, sur Estragon, mais toutes
leurs histoires sont dans leurs noms.
Je n’ai jamais su rien inventé.
Mes poèmes sont trop vides
car je n’ai pas de nom.