Kintsugi

Dans le square, un saule pleureur
fige le squelette de ses yeux
sur son ombre.
Quand je pense à ce mystère
que je côtoie depuis enfant
et qui est moi,
je vois de loin cet arbre –
ce corps enneigé – moi qui sait
le poids des souvenirs – comme le poids
de la neige – et qui cherche à savoir
sur quoi ils reposent. La neige
révèle le saule comme le souvenir
révèle le songe – qui le parcourt.
Ne suis-je alors que cette ombre
qui s’aveugle sans cesse
tel Orphée se retournant
vers son propre désir ?
Un éclat de soleil – et c’est mon âme
qui révèle ses fêlures.
Mes poèmes sont comme
ces coutures dorées sur un bol de thé –
qui relient entre elles
les débris de ma mémoire.