La neige (2)

J’ai croisé une petite fille aujourd’hui
qui soulevait à deux mains – une montagne
de neige. Toute seule – elle habitait sûrement
dans cette rue où je passais – elle marchait
en recueillant la neige sur les murets des maisons.
Son tas était plus grand qu’elle ; il semblait
que tout aller tomber d’un moment à l’autre.
Je la voyais sourire – je souriais. Ma poitrine
sentait ce manque à l’idée de serrer contre moi
ce tas de neige ; mon visage réclamait
cette odeur contre moi, ma peau désirait
cette sensation de morsure engourdie.
Tout le long de la rue, il y avait des arbres
qui recueillaient eux aussi de la neige
sur leurs branches semblant si fragiles –
ils semblaient regarder cette petite fille
les imiter en jouant – moi qui les regardait
et qui passait sans rien amasser d’autre
que ce souvenir d’une enfant
au visage rond de renoncule –
et les traces d’autres que moi
sous mes pas.