La neige

Aujourd’hui il a neigé – et en marchant
jusqu’à la gare, j’ai été étonnée de sentir
mon coeur aussi léger que ces flocons
qui remplissent devant moi tous les espaces
où je me sentais si seule.
La neige s’accumulait sur mon manteau –
j’avais cette drôle d’impression
d’être un bonhomme de neige –
mais sur mon front lisse et nu
que je caressais de la main, nulle trace
de ce mot, nulle trace aucune de ce signe
qui fait que je me meus – nulle
trace de ce mot qui m’explique pourquoi
aujourd’hui je suis si légère sous ma
peau de golem, alors que ces derniers jours
j’étais si triste.
En accrochant le ciel à son porte-manteau
je repose ce doute qui s’installe en moi
de me savoir aussi changeante
que celui-ci.
Avec ce sourire qu’ont les enfants
qui vieillissent, je me dis : « je vis »
comme l’on dit, une fois chez soi,
se réconfortant auprès d’un feu imaginaire :
« il a neigé ».