Le corps des poètes

Parfois je suis contente d’être une femme
et de pouvoir écrire sans contrainte
sur mon propre corps – de pouvoir découvrir
ce que ma bouche offre à mes vers
ce que mes bras tiennent fermement
ce que mon dos retient du jour –
noué comme le laurier.
En lisant tous ces poètes, je me dis
que pas un seul ne parle vraiment de lui,
de son enveloppe charnelle, réelle,
et je me constate tristement
que si j’avais été poète, de par ma nature
pudique, je n’aurais pas su parler de ce corps
de garçon que j’imagine en rêve –
car la poésie n’a rien à apprendre aux garçons
sur leurs corps. Je me dis – peut-être
qu’une femme combat pour se réapproprier son corps
que tous les poètes admirent et louent et chantent
mais je me dis – qu’un homme cherche encore le sien.
La solitude des poètes n’est pas celle de l’âme ;
les poètes que je lis sont seuls
de n’être pas à eux.