Le paquet de cigarettes

On m’a tendue un jour une cigarette
que j’ai posée au bout de mes lèvres gauches
en aspirant comme pour une paille
le sirop de fumée coulant dans ma gorge.
J’ai gardé un instant l’air dans mes joues gonflées
ne sachant que faire ; et tout me grattait
dans ma bouche pleine de mouches –
je recrachai le tout sans élégance
à la tête de cet ami qui riait un
peu trop. Je lui rendis l’instrument
en lui assurant que c’était bien mauvais
devant son visage moqueur.
J’achetai le lendemain un paquet
qui ne pesait rien du tout au fond
de ma poche. Dans ma chambre à la
fenêtre, j’ai allumé entre mes doigts
le bouton incandescent et
j’ai regardé le jour descendre
dans le petit tas de cendres ;
et toute la nuit j’ai brûlé une à une
ces drôles de bougies qui partaient en fumée.