Les beaux-livres

Je suis allée aujourd’hui à cette
drôle de librairie qui vend des livres
remplis de tableaux au lieu de mots.
J’ai parcouru les grandes étagères
en marchant lentement comme dans
les musées, et traînant le bout de mon
regard sur le dos des grands peintres.
Je me suis arrêtée pour cueillir
un album d’estampes japonaises
rempli de fleurs et de femmes, de
femmes en fleurs ; et de quoi rougir.
Je portais à deux mains le livre
lourd comme un soleil sur le sein
nu, l’été… – et je reposais à deux mains
mes yeux qui bavardent et le
petit bourgeon au bas de mon ventre.
Un livre en noir et en blanc gravait
ses dessins dans une page en noir
et en blanc ; il était rempli de fougères
et de femmes, des fougères de femmes ;
et tout cela à l’air. Je me suis fait la curieuse
réflexion qu’on achète plus cher la
nudité en papier qu’en chair.
Afin de ne pas partir les mains vides
et légères, j’ai acheté un petit carnet
des impressions de Monet ; et de
retour chez moi, j’ai écrit des poèmes
coquins pour chacun de ses
petits paysages.