Les iris et les chrysanthèmes

Les iris et les chrysanthèmes
sur les paravents jaunes d’Ogata Kōrin
sur les parchemins de Sesshū
sur les lèvres d’Ono no Komachi
ne connaissent ni la pudeur
ni le soin que l’on donne à la beauté.
Le temps qui s’écoule, propre à chacun
des mots que l’on prononce,
n’est pas le temps que l’on cherche
ni le temps que l’on regrette ;
dans les iris les chrysanthèmes
et les hérons une patte levée,
dans les poèmes que l’on efface et
recommence, on ne signifie rien d’autre
que ce qu’il y a à signifier ; et le temps
que l’on reçoit, et qui s’étend en nous
en donnant cette sensation de fuite,
est le temps d’un cœur qui bat au
même rythme que le monde,
sans mélodie aucune.
Moi qui suis dans la vie
trop souvent, mon propre fantôme
à imaginer dans mes poèmes
ce qu’il advient de mon âme, et de mon corps,
j’aimerais que ma mort ressemble à
ces iris, et ces chrysanthèmes
sur les listes de Sei Shōnagon
et que mon nom soit ce mot
qui me hante encore
et que je ne connais pas.