Les lieux publics

Je ne peux pas m’empêcher de regarder
les couples dans les lieux publics, et leur
façon de se tenir l’un à côté de l’autre
et d’occuper l’espace de leurs corps.
Je reste insensible à leurs regards de miel
à la peau reposée de leurs visages
et à leurs embrassades – seulement
je reste fascinée par leurs corps
qui se meuvent naturellement l’un
près de l’autre. Pourquoi les couples
ont-ils ce privilège d’être dans une autre
sécurité que la sienne ? Nos corps sont bien
trop solitaires – et je trouve triste que l’amour seul
soit la balance qui soupèse les libertés
de nos corps – moi qui me sens si à l’étroit
dans la solitude des lieux publics.
J’aimerais me déplacer comme si
j’étais amoureuse des espaces
qui se faufilent jusqu’en dehors de la ville
mais je suis bien trop petite
pour qu’ils m’accordent de l’amour
en retour.
Il s’est remis à neiger…
un si court instant,
que je ne saurais pas vraiment dire
si le moindre flocon
a heurté mes épaules,
courbées
comme un ciel.