Ma grand-mère est ce lieu

Ma grand-mère est ce lieu
où les heures tranquilles
fredonnent des paysages
au creux de ses mains douces.
Les plis de ses robes en fleurs
prennent la forme d’un visage.
Ma grand-mère est ce lieu
où le soleil se penche
à l’ombre d’un après-midi.
Ses yeux qui ne s’ouvrent
presque plus me regardent
avec le cœur. Ma grand-mère
est ce lieu où l’enfance
s’étend entre ses rides ;
ma grand-mère est cet enfant
allongée dans l’herbe qui recueille
la pauvre lumière qui s’écoule
du feuillage des jours.
Ma grand-mère est ce lieu
où l’on apprend avec les mains
ce que les fleurs nous disent
de la vie solitaire. Ma grand-mère
est ce lieu où le midi se nourrit
à la fenêtre ouverte de la cuisine ;
et l’odeur bleue des gâteaux
qui remplit le ventre du ciel.
Ma grand-mère est ce lieu
où le jour se lève doucement
pour chacun de ses gestes ;
ma grand-mère est ce lieu
que j’habite comme une enfant
qui ne dit rien, et qui s’émerveille.