Malte Laurids Brigge

Si mes vers étaient vraiment des vers
ils parleraient de villes et de paysages
que j’aurais vus lors de mes voyages.
Si mes vers étaient vraiment des vers
ils décriraient si bien les choses
que toutes ces villes et ces paysages
que j’ai vus ne serviraient qu’à nourrir
toutes les villes et paysages
que mes poèmes inventeront.
Si mes vers étaient vraiment des vers
ils ne seraient pas des inventions
mais des choses bien réelles
parce que je les aurais inventées
avec toute la réalité du monde.
Si mes vers étaient vraiment des vers
je n’aurais pas besoin d’être là
parce que les choses auraient
leur propre existence, et qu’elles
se ficheraient bien de moi.
Si mes vers étaient vraiment des vers
eux-mêmes auraient vus beaucoup de villes,
et beaucoup de paysages,
et se seraient eux-mêmes vus
dans toutes ces villes
et tous ces paysages
si mes vers étaient vraiment des vers.
Rainer ! Apprends-moi tes vers
Rainer, écoute-moi Rainer
je veux être poète.