Quand je lis des poètes

Quand je lis des poètes et des poétesses
je ne suis pas une femme
mais une éponge
qui absorbe toutes leurs passions
comme les gens qui s’aiment
reproduisent les gestes de l’autre
pour pouvoir aimer de l’intérieur.
Je les porte en moi quand j’écris
je les porte en moi quand j’aime
je les porte en moi quand je suis triste
je les porte en moi quand je souris –
et je n’arrive pas à me distinguer d’eux
autrement que par l’écho que ma bouche
produit en lisant leurs poèmes.
Quand j’ai en moi
cette même sensation éprouvée cent ans plus tôt
par ce jeune homme aux cheveux blonds
par cette femme aux yeux noirs
par ce mystère au visage grand comme le monde
j’ai envie d’écrire à mon tour
recueillie sur ma propre feuille
comme un poème d’amour
à ces hommes à ces femmes
dont je porte le deuil.
Et s’ils vivent encore
à côté de moi,
je leur offre mes mots
car je n’ai rien d’autre à offrir
que le silence de mon amour
et de mon amitié.