Quand je n’ai pas d’histoire à raconter

Quand je n’ai pas d’histoire à raconter
j’ai parfois des doutes
à l’idée d’écrire un poème
qui peuvent m’envahir pendant des jours
et des jours, et qui me rendent incapable
d’écrire une seule ligne.
Ce n’est pas que je suis moins inspirée ;
quand j’écris je reste qui je suis.
C’est seulement la pernicieuse pensée
qui me dit qu’écrire est une chose un peu bête
et qui renforce ses mots en rendant plus bête
chaque nouvelle idée de poème
qui se présente à moi.
Parfois je m’imagine poétesse déchue,
maudite, frappée de mutisme ; mais c’est seulement
pour me consoler du fait que
cette pensée pernicieuse est la mienne
et que je ne peux m’en défaire.
Je relis mes poèmes assemblés comme
pour un mémorial, et je me surprends à souhaiter
ma propre extinction – comme si cela
pouvait vaincre la pensée pernicieuse
en laissant derrière moi sa négation vivante.
Puis je me dis que je suis bête –
et la pensée pernicieuse disparaît ;
elle apparaît seulement quand on donne
trop d’importance à la poésie.
Je n’ai pas de doutes quand j’écris
car je prends au sérieux le fait
que j’existe en dehors de mes poèmes
et que ne pas pouvoir raconter d’histoires
ce n’est pas si grave, puisque déjà
la mienne se déroule et s’agrandit
et n’attend que moi.