Quand j’écris un poème

Quand j’écris un poème je garde
toujours un recueil à côté de
moi ouvert ; comme une Bible
rassure celle qui prie les yeux
fermés sur ses propres mots.
Lorsque mes pensées se dispersent
en dehors de mon poème, je
sais qu’à côté de moi, un poème
bien dur et achevé est là, et le
regarder suffit à me dire
que j’écris un poème et
qu’il aura une fin.
Parfois je tourne la page
et je lis un peu ; parfois je cherche seulement
la bonne disposition des mots
sur la feuille blanche. Parfois
mes yeux accrochent un mot
que j’ajoute dans mon poème.
Ce poème a été écrit avec à
côté de moi les poésies complètes
d’Emily Dickinson à la page trois
cents soixante dix-sept ; et depuis que
j’écris ce poème, la grande ombre
enneigée d’un Sapin du Canada hante
mes lignes – moi qui me demande à
quoi ressemble un Sapin du Canada.