Sur mon chemin

Sur mon chemin quotidien
se trouve un petit érable
qui ressemble à un garçon.
Chaque jour, son image s’offre à mes yeux
et j’ai envie d’écrire quelques vers
sur ce petit érable, mais chaque jour
je me tais, parce que je ne sais pas
si ce petit érable est vraiment un érable
et s’il est vraiment petit. Pourtant je sais bien
qu’il ressemble à un garçon, et qu’il joue
toujours dans ce jardin, à côté d’un cabanon.
Tous les jours je passe devant lui
sans vraiment le connaître – comme j’aimerais
pouvoir nommer tout ce que je vois…
Mais en continuant ce chemin quotidien
je réalise chaque jour que le monde est un langage
que je ne connais pas. Peut-être
le laurier le long du Passage de la Bièvre ,
avant de passer sous le chemin de fer,
et ces pins en remontant la rue du lycée…
Mais le laurier, quand bien même je l’aime,
n’est-il pas cet ami aussi discret que les pierres
qu’il recouvre ? Mais ces deux pins, ne sont-ils pas
ces grands dadais qui ne parlent qu’entre eux ?
Ce que je sais nommer
je ne le connais pas plus intimement
que cet arbre dans le jardin
qui ressemble à un petit érable
et qui ne l’est pas.
Et si dans mes poèmes les choses
prennent la forme étrangère de leurs noms
je sais que j’ai à moi – cet ami qui se tait
et qui remue au passage du train
ces deux gros bêtas qui ricanent
avec des grands cracs –
et ce garçon dans le jardin
que je croise sur mon chemin.