Un morceau de jazz

Un morceau de jazz s’effiloche dans mon salon
mon balai soupire sur le plancher
la lumière s’amenuise au bord de mes rideaux
rien ne change ; rien ne bouge –
seule je me déplace et mes gestes
s’accordent à l’espace qui les occupent
car rien ne change ; rien ne bouge –
et le tableau qui repose, le tas de linge,
la peau de clémentine et le livre côte à côte
demeurent ainsi que je demeure devant eux
égale à moi-même.
Je regarde mes meubles, en attendant
presque d’eux qu’ils se mettent à parler
mais rien ne change ; rien ne bouge
je me regarde alors dans le miroir
au dessus du fauteuil bleu
mais là encore rien ne change ;
rien ne bouge au fond de mes yeux.
Un morceau de jazz s’effiloche dans ma chambre
j’écris un poème pour ôter de mon cœur
cette curieuse sensation que…
Mais assise devant mon poème,
j’aimerais être triste, car toujours
rien ne change et rien ne bouge.