Vœu

Je n’ai qu’un seul désir
en tant que poétesse :
je veux qu’un jour on me lise
sans prétentions
et qu’on ait envie d’écrire.
À propos de mes poèmes
je n’ai rien à dire.
Je veux qu’un jour on me lise
et qu’on se dise que la vie vaut la peine
d’être racontée, et que c’est un plaisir
qui ne demande rien en retour.
Je veux qu’un jour, peut-être,
un jeune garçon, ou une petite fille,
ou une dame âgée, sache après m’avoir lue
que cette odeur de clémentine sur les doigts
le mercredi après-midi, ou ce rêve de ruisseau
ou bien cette douceur des rides sur la peau
ont autant d’importance que tout ce qui a été écrit
sur les clémentines et les ruisseaux, et sur
les peaux tendres des vieilles personnes,
et qu’il est heureux de l’écrire,
car écrire c’est savoir
que les choses sont comme elles sont
et qu’il n’est pas en notre pouvoir
d’en retirer une quelconque vérité
que l’on se donnerait du mal à ressasser.
Je veux seulement cela –
et à propos des mes poèmes,
non, je n’ai vraiment rien à dire.