Quatrième élégie

S’il appartient à l’aimant seulement
de maintenir sous la voûte de sa mémoire
l’équilibre tremblant de sa solitude,
c’est d’une vérité plus grande qu’il s’entourera
lorsque dans sa fébrile attente,
dans sa folie des présages et des apparitions,
l’oubli des choses lui viendra – comme
une confession. Non pas l’oubli
de l’éclat, ni de la distance – à cela
rien ne se résorbe. Mais l’oubli des formes
et des sommets de ces choses qu’il a autrefois contemplé
en pensant y trouver quelque souvenir agissant
de l’aimée en son sein, mais aussi
dans leur contour, désormais plein et manqué –
comme l’on imagine à la fois une et incomplète une feuille
qui ne se verrait pas bordée par le vent
qui traverse les espaces…
L’étoffe nue de la matière fantasmée
sous les doigts de l’aimant
lui enseigne ce que le mouvement
ne saurait enseigner en mille ans de cicatrices :
en lui-même tel que l’amour le courbe
se porte la chambre du renoncement
qu’il occupe sans le savoir, ignorant jusqu’ alors
le flottement d’une lumière sur le parquet –
il comprend, en s’y recueillant, toute la grâce
de sa résignation, et se pardonne, comme il
pardonne à l’aimée, d’avoir voulu l’oubli de l’un
et garder le souvenir de l’autre – lorsque dans l’abandon
de tout, les deux ne font jamais qu’un.
Et ces gestes de l’aimée, qui deviennent lentement nôtres,
qui nous forment et nous émeuvent,
auront pour toujours dans leur accomplissement
cette réminiscence, ce pincement du pli,
de la douleur de notre condamnation.