Il existe une pudeur différente des autres
qui n’est pas la pudeur pour les amants
ni celle pour la poésie
et que l’on garde secrète
comme un trésor au fond de la poche
un rituel que l’on tient de l’enfance.

Bien souvent je suis nu, bien souvent
je me caresse, sans désir, je me touche
le sexe, le ventre, je fais le tour de mes tétons
en passant le doigt sur les poils noirs
qui parsèment mon corps laid et maigre.

Lentement, je lui pardonne, lentement,
je lui pardonne. Je passe le dos d’un ongle
sur les côtes, et lentement je me pardonne,
et lentement je me pardonne, encore et encore,
jusqu’à ce que le frisson ne vienne plus,
ou jusqu’à ce que le désir d’être serré très fort
ne soit trop grand, et moi, trop petit.

L’ongle passe, repasse, lentement,
jusqu’à devenir minuscule.
Lentement, je pardonne à mon corps
sa laideur, sa virginité, lentement,
je me donne de l’amour
sans pleurer.