Parfois je me demande si mes poèmes
Sont bien mes poèmes, et si ce je
Est bien moi, ou s’il est un autre –
Et si c’est un autre – qui donc ?
Le fait est que je passe et je m’oublie
Et que lorsque je lis ou que j’écris des poèmes
Je n’ai jamais la mémoire de comment alors
J’existais à cet instant précis : quelles pensées
Traversaient mon esprit, quelles amours
Occupaient le fond de mon espace intérieur,
Quel poids pesait de tout son corps dans mon corps
Sa tristesse son angoisse son bonheur sa détresse.
Le poème que j’ai relu hier, pourquoi y ai-je ressenti
Cette perte et cette douleur, de savoir
Qu’un jour il m’avait renversé, et de ne plus
Comprendre pourquoi et comment ?
J’ai eu beau le relire, avec lenteur et le coeur
Ouvert, je n’ai pas su saisir l’émotion
Qui m’avait tant fait voyager.
Quand je relis des poèmes, je ne sais pas si
C’est moi qui changé, ou bien si
Le poème en lui-même contenait
Mes changements intérieurs.
Quand je relis des poèmes, je ne sais pas
Si je suis un autre – si j’en suis un
Alors je suis tour à tour le poète ou la
Poétesse que je suis en train de lire.
Quand j’écris des poèmes, ce n’est pas
Bien différent – plus tard, bien plus tard
Je serai un autre, avec en moi d’autres pensées
D’autres amours, d’autres tristesses – plus tard,
Bien plus tard, je serai un autre,
Et alors quand tu me liras, saches que
J’ai existé ici, un jour, une fois,
Et que mon passage en toi
Est tout ce qu’il reste de moi.