Pendant que je lis un poème
Dans la salle d’études, j’ai le coeur
Qui bat, et les doigts qui tremblent
De savoir qu’ici je suis étranger
Parmi une centaine de gens
Qui travaillent en silence.
Pendant que je lis un poème,
Je me demande si ce garçon
À côté de moi, est amoureux
De son amie qui en face de lui
Esquisse des gestes imperceptibles
Qui me renversent le coeur
À la place de ce garçon.
Pendant que je lis un poème
Je m’imagine que je suis ce garçon
Et je tombe amoureux à chaque fois
Que je lève les yeux pendant que je lis
Un poème, dans la salle d’études,
J’observe tour à tour les gens qui travaillent
En silence, m’imaginant pour eux
Ce que pourrait être cet instant même
Où je lis un poème.
Pendant que je lis un poème
Je pense à la somme de ces moments
Qui sont vécus dans la salle d’études
Et le poids que cela représente
Pendant que je lis un poème
Dans la salle d’études
Je pense à ce regard croisé
À l’autre bout de la salle
Et j’ai le coeur qui bat tranquille
Et les doigts fatigués
À l’idée de savoir qu’il existe un moment
Dans la salle d’études
Où j’existe, et je lis un poème.
Et qu’il existe un mystère
Sous mes cheveux noirs
Que je ne connais pas.

Pendant que j’écris un poème
Je repense à cette drôle d’histoire que je lisais
À propos d’un marron, et d’une mère aveugle
Je me demande si cette histoire
Avait vraiment du sens
Je souris de mon ignorance
Tout en jetant un regard
Dans le coin de la salle d’études.