Bien souvent, dans les gares, je promène
Mon regard. Je pense à ces personnes
Que je ne connais pas, et je les aime ainsi
À ne pas les connaître, car il y a, dans leur
Attente, quelque chose qui toujours
Se refuse à moi, dans le même geste
Qu’il y apparaît ; cet instant là,
Où je croisai le regard d’une vieille dame,
Aurait-il pu être un autre instant que
Celui là, alors que précisément, rien,
Rien ne l’attendait, et que nous deux
Semblaient vivre de ne pas l’attendre
Et de le rencontrer, tout étonnés de voir
Que le mystère que nous portions en nous depuis l’enfance
Portait à cet instant, tout le poids de nos corps,
Et nous soutenait, tranquille,
Comme le fait pour la branche épaisse
Le tronc solide d’un arbre.
La vieille dame n’était à cet instant,
Pas plus vieille que moi. De même
Que je n’étais pas plus triste qu’elle.
Quand je repense à cet instant,
Je me dis que l’attente, ce n’est pas
D’attendre quelque chose, les yeux
Fermés sa propre durée, mais plutôt,
Subir partout la durée d’autrui
Dans son ineffable beauté.
Que vaut alors ma jeunesse
Que vaut alors ma tristesse
Dans cet endroit désert où seul
Je me rencontre chaque nuit
Dans l’attente de l’oubli
Dans l’attente de l’oubli ?