La salle d’études

Quand je vais à la salle d’études à la bibliothèque
je prends toujours avec moi un recueil
que j’ai déjà lu, et qui repose à côté de moi
parfois ouvert à une page, parfois clos,
j’aime lire épisodiquement mon recueil
tout en regardant autour de moi
les gens travailler, bavarder, et se regarder.
J’observe ce garçon qui n’arrive pas à travailler
et qui lance des regards vers une fille non loin
dont le visage calme et concentré
semble figer une beauté de statue.
La salle d’études est une salle de regards.
les garçons relèvent la tête bravement
pour jeter à la volée leurs désirs
l’espace de quelques secondes, et la
baissent aussitôt qu’une fille
croise le regard de son
songe.
Sur mon recueil, il y a toujours cette trace de sang
que j’ai un jour versé, par fatigue,
et j’ai alors ce sentiment de savoir
que je suis la seule à l’avoir emprunté
et je pense alors à toutes les fois
que je l’ai posé à côté de moi
dans cette salle d’études
sans lui prêter trop attention.
Parmi tous ces regards, n’est-il pas le seul
à rester près de moi, dans le souvenir imprécis
de tout ce que je vis ?
Je me dis – peut-être qu’un regard raconte
mille histoires – mon recueil à moi –
raconte mille regards.