Le matin est un lieu

Le matin est un lieu
où je suis étrangère.
Le ciel blanc au dehors respire
sa fraîcheur sur les draps
la chambre se tait, son regard calme
se pose sur moi, dans une attente
inconnue d’elle-même.
Dans mon lit, rien ne bouge.
Mon coussin porte encore
l’odeur de la nuit que ma joue
embrasse. Mes cuisses se frottent
doucement, comme une main
sur le dos d’un amant. Mon sexe
me gratte, doucement. Je le masse
lentement, comme un baiser
sur le sexe d’une amante. Mon dos
se noue, lentement. Il grandit en soi
son laurier. Doucement. Le matin
est un lieu où je suis étrangère.
Je passe mon bras sur la couette froide,
je caresse mes cheveux, je me donne
de l’amour, lentement, doucement.
Le matin est un lieu où je suis
étrangère. Dans mon lit, rien
ne bouge. J’écris, et je souris,
le matin est un lieu où je suis étrangère
et je suis en chemin.