Si j’étais poète

Si j’étais poète plutôt que poétesse
j’aurais pour moi l’amour et le romantisme
hérités des siècles de poètes, j’aurais
pour moi le sérieux que l’on donnerait
à mes mots, j’aurais pour moi cette voix grave
que l’on s’imaginerait en soi en me lisant,
cette voix solitaire, j’aurais pour
moi la reconnaissance d’être poète
dans un monde de poètes, j’au-
rais pour moi l’enfance des aventures
et la séduction – mais si j’étais poète
plutôt que poétesse, mes poèmes
n’auraient pour eux la force de la solitude
de mes siècles passés, ni le chemin
parcouru – en mon corps – si j’étais
poète plutôt que poétesse
je n’aurais pas cette joie
d’écrire aussi naturellement
qu’est immense et infatigable
ma liberté.