Le pénis

La première fois que j’ai vu un pénis
c’était à l’école, dans la cour de récré,
deux garçons baissaient leur pantalon
devant notre groupe de fille. Mes amies
criaient, fermaient les yeux, riaient, et tout cela
en même temps. La deuxième fois, c’était
au collège : je parlais avec mon ami, et un groupe
de garçons vint lui baisser le pantalon par derrière
en s’esclaffant. Je me souviens que ce pénis
était aussi rouge que la tête de cet ami.
La troisième fois que j’ai vu un pénis,
c’était celui d’un homme qui se masturbait
dans le métro en me regardant. La quatrième
fois que j’ai vu un pénis, je n’ai pu m’empêcher
de penser aux trois autres fois alors que
son détenteur m’encourageait à le caresser
de haut en bas et bas en haut. Quand je pense
aux pénis des hommes, je suis contente
de ne pas en avoir, car je crois comprendre
qu’avoir un pénis c’est surtout avoir l’envie
de s’en débarrasser, dans le regard des autres,
dans leurs mains ou leurs intimités.
J’aime offrir mon corps car mon corps est à moi
j’aime m’offrir à l’autre car je sais que c’est moi que j’offre
les hommes ne savent pas quoi offrir
car leur pénis ne leur appartient pas
leur pénis se montre dans les cours de récré
comme pour signifier qu’ils ne savent pas
quoi en faire sinon le remettre
aux regards des autres.
La prochaine fois que je verrai
le pénis d’un homme, je lui
apprendrai ce que la
pudeur fait au corps
ce que l’intime fait
au cœur ce que
l’amour fait
au désir
et j’en suis sûre
cet homme saura offrir
son pénis comme on offre
à sa belle amie un bouquet
avec un grand sourire benêt
et un torse ouvert
grand comme un pays.