Une fois en colo M. m’a montré son pénis
il me parlait de sa circoncision, j’étais curieux
de voir son pénis, je me souviens avoir sorti le mien
à mon tour pour comparer, c’était
la première fois que je voyais le pénis
d’un autre d’aussi près. La porte de la
chambre s’est ouverte, et l’animateur nous a surpris
les bites à l’air ; c’était
toute une affaire. L’animateur a prévenu
les autres, puis la maîtresse, qui nous accompagnait,
qui a ensuite appelé nos parents, pour prendre rendez
vous avec eux. J’ai eu droit à beaucoup de discours
tenus avec un ton important et grave, je ne me souviens
que du ton et du visage sourcils froncés de l’animateur
qui me parlait et que je ne comprenais pas.
Je n’arrivais pas à ressentir la honte et la culpabilité que
l’on voulait que je ressente ; c’est à cause de mon pénis
que ma première incompréhension avec le monde
des adultes se fit. M., lui, ne m’a plus parlé pendant
longtemps ; mon pénis et moi étions seuls.
Après la réunion avec mes parents, je me souviens
avoir vu un psychologue, je me souviens de
son bureau, et ma mère m’offrant un livre de Zep,
le monsieur de Titeuf, qui s’appelait : le guide
du zizi sexuel. Je me souviens
avoir regardé les images je lisais encore
avec difficulté. Je me souviens avoir
pris conscience que
mon pénis
était un pénis
qui devait se com-
porter comme un pénis.
Après cela j’ai toujours caché
mon pénis, comme rangé dans le
tiroir des objets d’enfance, parmi le caillou
ramassé un jour sur la plage, le jouet auquel on
ne joue plus depuis longtemps, mais que l’on garde
quand même, l’histoire qu’on a commencé à écrire un jour
et qu’on relit de temps en temps, revivant pour un temps l’univers
perdu.
Plus tard, avec les copains, on se
parlera de nos pénis, avec comme ci
catrice dans nos échanges, ce déchirement
jamais avoué de l’intimité que l’on nous a arrachée,
et la violence performative
de nos peurs
face au vide
de nos pudeurs.