Quand j’allais dormir chez A., après avoir
regardé des films d’horreur, tard dans la
nuit, on allumait la télé, un peu pour combler
le silence et l’obscurité qui faisait peur, mais
aussi pour mettre les programmes de la nuit
sur RTL9, NT1, et d’autres chaînes, où l’on passait
des courts-métrages érotiques ; on se branlait l’un
à côté de l’autre, dans nos sacs de couchage, pendant
des heures. On se retenait souvent de jouir
pour pouvoir faire durer le plaisir, arrêtant le geste
au dernier moment, sentant son pénis se durcir, se
convulser tout seul ; c’était une épreuve que de résister
à la tentation de reprendre la masturbation, bite en main,
pour se soulager. J’allais souvent dormir chez A., dans sa cave
qui sentait le foutre à plein nez dès que l’on entrait
suite à nos activités nocturnes. L’odeur n’a jamais quitté
la cave pendant des années, c’était quelque chose.
Je me suis beaucoup masturbé avec A., parfois on regardait
du porno ensemble après les cours sur l’ordinateur
avant que son père ne rentre du travail. Parfois, toujours
dans la cave, c’est sur son MP3 qu’il avait téléchargé 5 vidéos
qu’on regardait en boucle ; il m’arrive encore aujourd’hui
de me masturber en pensant à ces vidéos tellement
on les avait vues. On se branlait sans trop de complexes,
la bite à l’air. A. a toujours eu un gros pénis, et il s’en vantait
souvent en public, et devant les filles, au jeu des allusions
il gagnait toujours. Un jour alors qu’on parlait avec des filles
qui nous taquinaient sur nos sexes, A. déclara que si nos pénis
étaient des monuments, le sien serait la Tour Eiffel, et le mien
la tour de Pise ; et devant tout le monde, il insista beaucoup
sur le fait que mon pénis penchait légèrement vers la gauche
lorsqu’il était en érection, et il mimait un mouvement de hanche
de l’acte sexuel qui allait en diagonale vers la gauche plutôt que
d’avant en arrière ; j’ai vécu ce moment comme une
trahison. C’était la première fois que je ressentais
la violence de la compétition sexuelle entre hommes
car voir mon meilleur ami agir ainsi m’avait choqué.
Plus triste encore, je ne devais le rétablissement de
la réputation de mon pénis qu’à la diminution de celle
de mon autre ami A., participant ainsi à cette constante
lutte des classes du pénis. Après cet événement de
la tour de Pise, qui créa un malaise entre nous (car
A. savait qu’il m’avait trahi, mais ne pouvait pas l’exprimer,
et moi non plus ; il aurait fallu exprimer pour cela
que les performances sociales que nous accomplissions
ne nous correspondaient pas ; c’était au final
s’avouer et se vouer marginaux ou prolétaires
dans la compétition du pénis), on se branlait
de moins en moins ensemble, nos pénis
ayant perdu ce partage d’intimités
cette fraternité gratuite du plaisir.
Nous le savions. Tous deux nous
le savions et nous ne disions
rien. Nous n’avions pas les
mots pour se dire pardon
pour s’aimer ; on ne don
ne pas ces mots aux gar
çons. Nous le savions,
la blessure de notre
amitié, nous la
devions à la
tyrannie du
pénis. Nous
ne disions
rien, nous
ne disions
rien, non
nous ne
disions
rien.