Un jour alors que je jouais avec une
tige en métal chez X., mimant un joueur
de batterie aux caisses invisibles, il m’a
confié s’être foutu la tige dans le cul
alors qu’il se masturbait. J’ai regardé
l’engin avec une curiosité nouvelle.
X. me parle souvent de ses expériences
sexuelles, il se sent libre de m’en parler
et j’en suis heureux ; c’est aussi grâce à lui
que j’explore à mon tour ma sexualité.
X. a essayé de se faire une vaginette avec
un sac hermétique de congélation. Il m’a dit :
ça irrite. J’ai cru que ma bite allait mourir.
En public, X. parle de ses performances
sexuelles hétéronormatives. Il se vante de
faire jouir ses partenaires avec sa grosse queue.
Le pénis des hommes ne doit pas seulement
être le symbole de la domination masculine
dans le rapport sexuel ; il doit également dominer
le plaisir de la femme, c’est à dire le contrôler.
C’est sa capacité à produire du plaisir en quantité
chez la femme qui fait d’un pénis celui d’un
homme, un vrai ; la sexualité des hommes
n’est pas définie par leur propre corps, mais par
le rapport de domination au corps de l’autre.
Les préférences sexuelles de X. sont souvent contrariées
par ses pratiques et de ce qu’on attend de son
gros pénis. X. est célibataire, sans être obsédé par
cette idée, il veut pécho, cela veut dire baiser. Mais
il me dit être amoureux d’une fille de sa classe. Lorsqu’il
en parle avec d’autres, il parle seulement de son
corps et son désir. X. voudrait une relation où il puisse
s’épanouir sexuellement, mais il le communique
difficilement. La masculinité de X. m’émeut. Elle
est polymorphe, innocente, dangereuse, complexe.
X. est beau et musclé ; il se fait souvent draguer
par des homosexuels, et il en rit. Malgré ses
hésitations, X. n’a pas peur d’affirmer sa sexualité
quand il a bu ; il ne pense plus aux inhibitions
sociales. X. me soutient lorsque j’affirme la mienne.
Il sait faire preuve de pudeur et de respect. X.
ne me demande rien que je n’ai pas envie de dire.
X. est la preuve vivante d’une masculinité qui
tout en intégrant les codes hégémoniques
de la sexualité et du corps masculin, sait avouer
ses faiblesses, accepter celles des autres, et
faire tout cela dans l’amour. Le corps de X.
est changeant, est un champ de bataille.
Son gros pénis est un canon
au milieu des armées
qui n’appartient
à personne
et qui tire
à l’horizon
de ses désirs.