Ce que je ne sais pas

Ce que je ne sais pas tisse sa toile
invisible. Sa toile est un espace
indicible. Ce qui s’étend s’étend
immobile. Ce que je ne sais pas
respire sans souffle, ce que je
ne sais pas n’est pas ce que
j’ignore, ce que je ne sais pas
est là bien en moi, tisse sa toile
invincible, touche la cible, touche la
Bible, ce que je ne sais pas demeure
mystible, ouvre l’idée au sen
sible. Je sens que je ne sais pas
sentir ce que je ne sais pas. Ce
que je ne sais pas me forge et
me soutient comme un tronc.
Les branches de ce que je ne sais pas
n’existent peut-être pas ; si elles existent
ces branches-là portent ce que je sais ; ce que
je sais bruisse au gré du vent.
Je ne suis pas réductible à ce que je sais
ni à ce que je ne sais pas. Je regarde
autour de moi en moi, mon regard
pose sa pensée, ma pensée vient à
mon regard. Ce que je ne sais pas
est l’espace dans lequel je ne suis pas
et qui me permet d’être ce que je suis.
Ce que je ne sais pas ne se sépare pas
de ce que je sais. Je possède en moi
un pays qui renferme en lui d’autres pays
un espace qui en élargit d’autres. L’ensemble
de ce que je suis bat son cœur.
Ce que je ne sais pas me console
d’être ce que je ne sais pas ;
ce que je ne sais pas
fait de celle que je suis
et de celle que je ne suis pas
celle, qui, tranquillement,
devient.