Ma pudeur

J’ai parfois envie de mourir sans raison
c’est comme ça. Je ne le dis pas aux autres
c’est comme ça, c’est quelque chose que je
partage avec moi-même comme à quelqu’un
d’étranger ; c’est comme ça, c’est ainsi, ma pudeur
pose ses yeux de couteau sur moi, c’est comme ça,
ma pudeur est douce-amère, tendresse, son humeur,
c’est comme ça, ma douleur douce-amère, tristesse, ma pudeur
la frousse amère de mon corps, détresse, la peur de ma mère, c’est
comme ça, parfois, la mort se presse contre moi, pendant des heures,
seule avec ma pudeur, souvenir noir de mes pleurs, alors douce-amère
ma pudeur, elle tient mon corps entre ses doigts, caresse sa lame, prière
accomplie en soi, c’est comme ça, les heures me dévorent de leur savoir
leur saveur de mort, mon cœur entre ses voix, confesse son désespoir,
c’est ainsi, parfois, ma pudeur dessine sa foi, croit en moi, blesse le
soir, ma sœur, c’est comme ça, tresse ma peur entre ses doigts,
parfois, signe son odeur de sueur froide, roide, ma peau, ses
pores, son amour, tueur, ma pudeur tisse le jour sur la nuit
de mon corps, les racines d’une fleur, l’effort qui me pousse
à éclore, clore l’or de ma rougeur, racle et crisse l’ennemi
c’est comme ça, ma pudeur, je la suis broyer son ombre,
mon effroi qui dort, son détroit en moi qui meurt, moi,
un cœur, deux cris, trois couleurs de chaleur en moi,
moi, c’est comme ça, ma pudeur se meurt alors que
je crois que je pleure, mes torts, leur terreur, ma
pudeur se tient à la porte, des heures, ma pu
deur se tient à la porte des heures, ma pud
eur se clôt, c’est comme ça, je ne suis pas
morte, bat mon cœur, débat mon père
ma mère et sa peur, parfois, décime
mes envies de mourir, sans raison,
la mort, douce-amère, en moi,
à sa cime la mémoire de ma
pudeur, avoir la douleur de
son amour, douce-amère
ma solitude douce-amèr
e, douce-amère, ma sol
itude, douce-amère,
c’est comme ça,
douce-amère,
la chute de
Noxer, le
métro tr
op près,
les gens
qui rega
rdent,
parf
ois,
les
mots
leur douleur
j’implore le pardon
de ma pudeur.