à la fenêtre ouverte on entend les cris des enfants
le bruit des couverts qu’on prépare, quelques voitures,
ma voisine qui salue mon voisin d’en face, un chien au
loin – qu’on s’imagine proche par habitude, ayant pénétré
la bulle quotidienne des sons de la vie, par la fenêtre ouverte.

le soir à vingt heures une petite fille tape une cuillère sur une casserole
plus loin un petit garçon souffle avec entrain dans ce qui semble être
une trompette en plastique, toujours la même note, jusqu’à ce que sa mère
lui dise d’arrêter, faisant semblant de ne pas paraître excédée par le zèle de son fils
pour faire bonne figure au balcon. les autres applaudissent un bref moment, avant que
l’on entende les postes de télévision s’allumer, et quelques fenêtres se refermer.

la chambre, dans les combles, recueille tous les bruits de la vie ailleurs
par la fenêtre ouverte. bien que l’on puisse observer par la fenêtre ouverte
tour à tour les cris, les enfants, la voisine et le voisin, peut-être pas le chien au
loin, mais à vingt heures, le petit garçon en face au balcon, la fille un peu plus
loin, bien que toute vie par la fenêtre ouverte possède son corps précis et réel
qu’il s’agirait d’associer en regardant simplement par la fenêtre ouverte,
je ne peux me résoudre à bouger mon corps, lourd comme une statue
aveugle. la vie me parvient comme une rumeur dans un parc l’été, soudaine,
soudaine et fracassante – dans le fracas des choses qui sont là depuis toujours
et qui nous tombent dessus comme pour la première fois.

je commence à croire que la solitude est bien ce sentiment d’étrangeté
qui a fait trembler l’espace de ma chambre ce soir là comme le frisson
d’une fleur au vent qui aurait oublié d’éclore – la vie dévalait les bleus
de ma chambre, la casserole heurtait la carapace épaisse de mes murs,
tac tac tac tac ! j’observais en silence la forteresse s’effondrer, et chaque
meuble et chaque objet semblait se détacher les uns des autres, comme
parfois la forêt s’arrache à son existence et les arbres semblent chacun
posséder leur propre gravité. tac tac tac tac ! sur l’écorce de mon torse
tac tac tac tac ! les livres, les vêtements sales, la poussière, les draps défaits
la table de chevet, au rythme du sourire d’une petite fille un peu plus loin,
tout semblait se réveiller d’un long sommeil, tac tac tac… tac…

à vingt heures six, le voisin souhaite une bonne soirée à ma voisine
le chien se fait taire par son maître, et les enfants rentrent à la maison.
je guette d’autres bruits, j’observe ma chambre, je résiste à l’envie pressante
de regarder par la fenêtre ouverte ; tout a disparu, emportant avec lui
la lourdeur de mon corps – je ferme la fenêtre. je reste debout immobile
un moment, je ne sais pas quoi faire – je range ma chambre dans l’espoir
qu’elle se réveille à nouveau, mais rien ne se passe. Rien ne se passe.

la solitude ce n’est peut-être pas être seul, mais oublier qu’on l’est
quand on s’en rappelle on pense que tout va changer mais rien ne change
je pourrais vivre mille ans ainsi sans y penser et y penser me rend triste
un moment avant d’oublier. je commence à comprendre ce qu’est l’envie
de vivre alors que je l’ai perdue ; penser à la mort ne soulage plus ma
souffrance disparue. le 9 mars à 23:33 je savais déjà que je m’en étais
pas sorti, que rien n’avait changé et que rien ne change. la douleur
de la perte mûrit en douceur la douleur
de sa perte.

mais j’ai perdu la douceur
le balancement des heures
la lenteur qui serre
le cœur, dans le corps
ne grandit plus le lierre
qui meurt encore
et encore j’ai per
du la douceur
la lenteur
qui serre
le corps
non,
je ne suis pas vert
où je ne suis pas mort

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