La poésie n’apprend rien, et connaître ses échecs ne nous rend pas plus sages. On ne s’en relève pas puisqu’elle refuse de nous faire tomber tout à fait. J’ai écrit bien des joies et bien des tristesses sans vouloir vraiment m’en débarrasser, au contraire. La souffrance que nous exhibons vient de cette exhibition désespérée de vouloir reconnaître dans le regard de l’autre notre douleur puisqu’elle demeure toujours au dehors du corps. La désillusion est pourtant d’atteindre l’autre tout en creusant la distance. Nos amitiés se taisent. On se raccroche à un silence comme on se raccroche aux absences comme les échos des présences. On aimerait se regarder dans les yeux mais on ne sait souvent pas quoi faire de notre amour. On cache nos visages pour moins souffrir de se savoir aveugle. Et rien ne change. Nos incertitudes ne nous confortent pas. Rien ne sert d’y mettre un terme. Sans doute croyons-nous que la fin des choses les achève. Sans doute pensons nous au fond de nous-même qu’elle réalise l’inverse et laisse en suspens ce qu’on ne veut pas quitter. Nos poèmes donnent malgré tout l’espoir qu’un suicide est possible. On s’y prépare. Nous écrivons pour simuler notre propre deuil, et chaque poème est une cérémonie. Nous n’y sommes pas seuls. A la grande table nous rompons le pain de nos souffrances. Nous savons et nous nous pardonnons. Le dernier repas ne semble jamais se finir. Lentement nos corps se consument. Lentement. On sourira sûrement à la fin, sans pleurer, puisque nos départs auront duré toute une vie.

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